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Through the eye of Mister Zen

Tiken Jah Fakoly: le reggae qui éveille les consciences

Toma Iczkovits
13 mars 2011

De passage à Montréal, Tiken Jah Fakoly (TJF) semble devenir la nouvelle coqueluche des médias québécois. Après plusieurs semaines à livrer des entrevues emplies d’engagement, le reggaeman ivoirien s’offre finalement la scène de l’Olympia, à guichet fermé… Heureusement, les producteurs ont prévu le coup: les retardataires pourront se reprendre lors de la supplémentaire de ce soir!

Pourtant, TJF n’est pas un visage nouveau de l’univers reggae, il en est un vétéran. Musicien depuis 1987, ce n’est qu’à partir de la fin des années 90, en solo, qu’il touche l’auditoire européen, avant d’atteindre une notoriété internationale.

Invité aux Francofolies de Montréal en 2005, en 2008 et en 2009, c’est à l’invitation du Festival Nuits d’Afrique, qui célèbre son 25ème anniversaire cette année, qu’il répond, cette fois-ci.

15 ans de militantisme pour son Afrique natale

S’il est tellement médiatisé par les temps qui courent, c’est que ses propos n’auront jamais été aussi prophétiques qu’en cette saison marquée par les révoltes du monde arabe. TJF incarne depuis 15 ans le même combat contre l’injustice africaine. Que ce soit sur le plateau de Tout le monde en parle, en une du Voir, du Hour ou sur les ondes radiophoniques, au Québec ou ailleurs, il dénonce sans détour les injustices qui frappent son continent.

Il ne le répétera jamais assez, le reggae est la musique qui éduque, qui unit et qui éveille les consciences. À défaut de voir l’Afrique entière se révolter contre la corruption et le colonialisme économique qui l’accable, TJF réussit, au fil des albums, à faire évoluer son style musical et à actualiser un discours (que bien peu ou) qu’aucun politicien ne saurait transmettre.

African Revoluion, son dixième album solo, sorti en 2010, est aussi militant que le premier, Mangercratie, sorti en 1996. Pourtant, le reggeaman a beaucoup évolué en 15 ans. Le lion ivoirien, comme l’appellent ses confrères, s’est assagi laissant plus de place que jamais aux sages paroles.

Je dis non, le premier extrait du nouvel opus, incarne parfaitement le combat omniprésent de l’univers de TJF. Il y réitère une fois de plus, son refus d’accepter de baisser les bras devant le cercle vicieux de la misère africaine et y oppose des chants pacifiques et unificateurs.

Le concert

En première partie, Kabakuwo, a fait office de belle découverte tout en réchauffant efficacement la foule. Le groupe québécois, qui allie de la musique traditionnelle mandingue et des chants maliens et sénégalais, à des rythmes plus modernes et originaux, a fait fureur. Il fallait les voir se déchaîner sur leurs percussions et les voir magner les drôle d’instruments à cordes, que je ne saurai trop identifier.

Puis TJF est monté sur scène, accompagné d’une bonne dizaine de musiciens et de choristes, motivés par la foule bruyante et impatiente. Charismatique et vêtu d’un longue cape africaine, il a offert une prestation énergique qui avait des airs chamaniques.

Le public s’est laissé aller dès les premières notes du spectacle. La majorité connaissant par cœur les paroles de leur idole, fermaient les yeux pour mieux se laisser porter tout en reprenant les airs. Et les airs, TJF les leur a toutes servies sans relâche pendant plus de deux heures.

À le voir sauter, danser et s’écrier, le reggaeman est en grande forme. En suant à grandes gouttes, il a servi les pièces de son nouvel album, mais sans pourtant oublier la longue liste de ses chansons-phares qui sont devenues des classiques de l’univers reggae francophone.

Avant de se lancer sur certains airs militants tels que Ouvrir les frontières, Y’en a marre ou Quitte le pouvoir, TJF prend le temps de rappeler à ceux qui ne l’auraient pas vu, lu ou entendu, qu’au delà de la musique il y a un message important à passer aux dirigeants.

L’activiste ivoirien exilé, en a vraiment donné pour notre argent, hier soir, et si vous ne voulez pas manquer un grand moment de paix et d’unité c’est ce soir à l’Olympia que ca se passe!

À l’Olympia de Montréal, 13 mars 2011 20h

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Toma Iczkovits

Parce que, faute de salaire, on se nourrit de commentaires.

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