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Through the eye of Mister Zen

FrancoFolies 2011: SMOD en entrevue

Toma Iczkovits
16 juin 2011

Une des découvertes les plus renversantes, cette année aux FrancoFolies, fut sans contredit SMOD, ce sympathique trio malien de hip hop à l’accent traditionnel. De passage pour la première fois à Montréal, pour quatre concerts gratuits le 14 et le 15 juin dernier, ces rappeurs se sont entretenus quelques instants avec le BangBangBlog.

Avant le dévoilement de la programmation extérieure du festival, personne ne semblait avoir entendu parler d’eux. «  Un secret bien gardé par l’Équipe Spectra, m’avoue Ludivine Dubus, coordonnatrice aux relations de presse du festival, mais là, je dois avouer qu’il y a un certain buzz médiatique autour de SMOD ».

Le groupe, qui jouit déjà d’une forte popularité dans l’Afrique francophone, a vu le jour au tournant de l’an 2000 alors que Sam, Mouzy, Osco et Donsky, étaient camarades de lycée (d’ou le nom SMOD, qu’ils ont gardé malgré le départ de Mouzy).

« À la fin des années 90, tous les jeunes maliens voulaient être rappeurs, se souvient Osco. On ne faisait pas exception, on se réunissait chez moi après l’école et on jammait ». Sam est le fils des chanteurs Amadou et Mariam, un duo de chanteurs maliens qui jouissent d’une popularité qui s’étend jusqu’à l’Occident.

« Je n’ai pas fait de musique parce qu’ils (mes parents) m’y ont poussé. Le hip hop est un moyen d’expression et on a tous des dire des choses », précise Sam.

Comme Amadou et Mariam ou Manu Chao, qui signe la réalisation de leur dernier album éponyme, sorti en 2010, SMOD incarne le combat politique contre la dictature et la corruption en Afrique, la domination économique exercée par l’Occident et, plus globalement, pour la paix dans le monde. Les plus cyniques les traiteront de naïfs, mais nombreux sont ceux qui ressentent le besoin d’entendre ce genre d’hymne à la paix.

« Autant on rappelle aux africains que c’est à eux à se prendre en main, à se débarrasser des dictatures et de la corruption, autant on souhaiterait sensibiliser les canadiens sur les enjeux de l’Afrique. La démocratie, c’est primordial, oui, mais ca n’est pas tout… » plaide Osco.

Est-ce vraiment possible de changer les choses avec de la musique ou si ca prend aussi des gestes politiques concrets, ou même des événements malheureux, pour éveiller les consciences?

« Vous savez la musique est un excellent moyen d’éveiller les consciences. Les discours à la télé, les gens les écoutent, mais se sentent rarement interpellés. La musique est plus efficace, elle met parfois les gens en transe, leur permet de se rattacher aux idées, aux identités et ils se sentent concernés. Je crois que oui, la musique change les mentalités » reprend Sam avec conviction.

Il est vrai que dénoncer les dictatures, SMOD le fait, sans détour, dès la première chanson de son nouvel album « Les dirigeants africains », en leur reprochant de ne rien faire à part « parler beaucoup, manger l’argent et voyager beaucoup… ».

Sans nommer de nom de parti ou de dirigeant, ce joli petit air a de quoi déplaire aux autorités qui traînent des squelettes dans leur placard. « Le clip de la chanson est complétement censurée sur les ondes de la télévision malienne » déplore Donsky. Ça va calmer un peu vos ardeurs politiques? « Du tout! », s’exclament-t-ils en cœur, «au contraire».

SMOD sont montés sur la scène multiculturelle Hydro-Québec, pas une fois, ni deux fois, mais bien quatre fois. Ils ont servi quatre prestations enflammées durant lesquelles, ils ne se contentaient pas de chanter passivement leurs mélodies.

Malgré leur grande timidité en entrevue, ils sont explosifs sur scène. On pourrait leur reprocher une certaine similitude sonore avec les airs de Manu Chao et d’Amadou et Mariam, mais ils sont jeunes, prometteurs et ils ont le temps de développer un son un peu plus singulier.

La foule, elle, ne semblait pas du tout se soucier de la singularité des mélodies. Dense et très variée (genre 5 à 85 ans), la grande majorité ne pouvait rester immobile et se laissait aller aux pas de danse. Parions qu’à leur prochaine visite à Montréal, SMOD ne seront pas gratuits et que les billets s’envoleront très vite!

Pour voir les photos du spectacle cliquez ici:  http://photom.bangbangblog.com/2011/06/16/francofolies-2011-en-photos-smod/

Finalement, voici le clip qui est censuré au Mali, partagez le au maximum!

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Toma Iczkovits

Parce que, faute de salaire, on se nourrit de commentaires.

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